L'évolution des différentes structures familiales

L'institution de la famille connait une évolution génératrice de modifications qui constituent l'objet de notre étude.

Cette évolution a débuté dans les années 1960. A partir de cette époque se développent de nouvelles structures familiales qui viennent réduire les effectifs des familles nucléaires qui correspondent aux familles dites traditionnelles.

 

 

  • La nouvelle structure familiale la plus représentée, en France aujourd'hui, est la famille monoparentale. En effet, de nombreux facteurs, principalement liés à des changements d'ordre sociologique, sont à l'origine du développement de ce type de famille. Les chiffres correspondant à ce type de famille, en 1999, sont les suivants:

 Cette structure familiale est apparue dans la capitale dans les années 1960 et a débuté sa propagation dans toute la France métropolitaine à la fin de cette décennie. Paris détient encore aujourd'hui le record du nombre de foyers où un seul parent élève un enfant: 28% des familles parisiennes sont monoparentales, contre 26% il y a dix ans. C'est 8 points de plus que la moyenne française (20%) et 5 points de plus qu'en Ile-de-France. En métropole,  1,9 million d'enfants (de moins de 25 ans) vivent avec leur mère et 300 000 avec leur père. A Paris plus de 100 000 enfants sont élevés par un seul de leurs parents. Le positionnement géographique de ce type de famille à travers la France métropolitaine est présenté sur la carte suivante:

Le facteur le plus influent sur la progression de la recomposition familiale est l'augmentation du nombre de divorces. A la suite de ceux-ci, de nombreuses personnes font véritablement le choix de ne pas s'inscrire dans une nouvelle relation, d'autres décident de faire ce choix mais refusent se se mettre en ménage avec leur nouveau compagnon et parmis celles-ci, certaines ont décidé d'attendre le départ des enfants du foyer pour procéder à cet emménagement (après cette installation et avant que le couple ne se pacsse ou ne se marie, on parle d'union-libre). Cette évolution fut continuellement croissante entre les années 1960 et 2007. Le tableau statistique présenté ci-dessous témoigne de ce phénomène qui semble commencer à se résorber.

 

L'émancipation , l'individualisation de l'individu, c'est à dire la prise de libertés par rapport aux institutions et à la société, jouent également leur rôle dans l'évolution croissante de la présence de cette structure familiale puisqu'elles conduisent de plus en plus de personnes à rester seules. 

 Dans ce type de famille, les enfants sont généralement peu nombreux: seuls 15% des familles monoparentales sont des familles d'au moins trois enfants. Aussi, plus de la moitié de ces familles n'incluent qu'un enfant. (Le tableau présenté ci-après fait la comparaison entre le nombre d'enfants dans les familles monoparentales et celui dans les familles dans lesquelles il y a deux parents.) Cette spécificité peut être expliquée par le fait que les couples aient tendance à se séparer de plus en plus précocement: 26% des femmes nées entre 1960 et 1964 et seulement 12% de celles nées entre 1945 et 1950 avaient rompu leur première union avant l'âge de 35 ans.  

Source : Insee, Recensement de la population 2006, exploitation complémentaire ; Caisses d’allocations familiales, allocataires au 31 décembre 2008 (Limousin)

  

  

  •  La deuxième nouvelle structure familiale partage de nombreux facteurs explicatifs de son apparition avec la précédente. En effet, cette structure est celle de la famille recomposée.

 En 2006, 780 000 enfants vivaient avec un de leur parent et leur beau-parent, dont 600 000 avec un beau-père ce qui sous-entend le fait que les femmes divorcées ou séparées sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à refaire leur vie. La même année, en France métropolitaine,  580 000 familles avaient la qualification de famille recomposée , soit 7,7% des familles à cette époque ayant au moins un enfant de moins de 25 ans.

420 000 enfants vivent dans une famille recomposée sans enfant du couple actuel. Le reste vit donc dans une famille avec des enfants de la nouvelle union; ils appartiennent généralement à une famille nombreuse: 32% de ces enfants vivent dans une famille de quatre enfants ou plus. Les trois documents présentés ci-après illustrent ces informations.

 

 

Les enfants qui partagent la vie de l'un de leur parent et de son beau-parent ont souvent vécu dans une famille monoparentale avant l'emménagement avec un nouveau conjoint de leur parent en raison du fait  que plusieurs années se soient souvent écoulées entre la séparation, le divorce et la constitution d'une nouvelle union. C'est pour cela que le rapport du Sénat, pour l'année 2005-2006, intitulé "Familles monoparentales et familles recomposées, un défi pour la société française" qualifie la situation des familles homoparentales de situation transitoire.

140 000 femmes sont belles-mères  soit 1,9% des françaises et 450 000 hommes sont beaux-pères (soit 7,2% des français).

L'estimation du nombre d'enfants vivant en famille recomposée est très peu fréquemment établie en France. De plus, le recensement de la population, qui constitue la source pour faire des estimations relatives aux structures familiales, ne permet pas de distinguer les familles recomposées des familles nucléaires puisque les filiations entre les membres d'une famille ne sont pas communiquées.  Il n'y a donc que très peu d'éléments permettant  d'évaluer une évolution par des comparaisons. Malgré ces difficultés, on peut tout de même avancer  que les familles monoparentales ne connaissent pas la même prolifération dans la société française que les familles monoparentales: elle est plus modérée.

 

 

  • Le dernier type de famille dit nouveau est la famille homoparentale. Cette structure familiale est la plus illégitime, tellement illégitime qu’elle n’existe pas aux yeux de l’INSEE qui ne procède à aucune recherche statistique sur celle-ci. Sans données de cet Institut national, il est très difficile de déterminer la proportion exacte de la population française dans cette situation familiale. On ne peut donc qu'extrapoler en utilisant de très larges fourchettes: aujourd'hui, en France, il y aurait entre 100 000 et 700 000 personnes homosexuelles dans une situation d'homoparentalité ce qui signifie que les enfants de ces familles seraient au moins 100 000.  Les deux graphiques présentés ci-dessous permettent de se faire une idée de cette proportion grâce aux limites de la fourchette:

 

La naissance de ce type de famille fut permise par l’évolution des mœurs. En dépit de cet assouplissement de ce que l’on pourrait appeler les conventions morales, de nombreuses personnes demeurent réticentes à cette conception de la famille. Certains justifierons leur rejet par le fait que la famille homoparentale ne possède pas l’une des fonctions de la famille, et plus précisément du couple, qui est de se reproduire. Etant de même sexe, les deux conjoints ne peuvent évidemment pas se reproduire naturellement, ce qui leur vaut parfois la qualification péjorative de "contre-nature".

Aujourd’hui, on peut soutenir que la majorité de la population n’est pas complètement hermétique à cette forme familiale.

De plus, la condition de l’homosexualité ne cesse d’être améliorée juridiquement. En effet, la création du PACS (PActe Civil de Solidarité) en 1999 et le droit d’adoption des couples homosexuels représentent une avancée. Bien que cette amélioration semble s’inscrire dans un phénomène continuel, il reste de nombreuses barrières gênant l’épanouissement des personnes répondant à ce cas, comme le fait de ne pas être considéré comme une famille par tous. L’attribution de ce statut fait l’objet d’une polémique actuelle.

Finalement, il est à retenir que ce type de famille connaît une évolution croissante plutôt rapide grâce au fait qu’il soit plus aisé de vivre cette situation.

 

 

 

  • La famille élargie, apparue avant la famille nucléaire, est qualifiée par certains de "famille traditionnelle", au même titre que la famille traditionnelle par excellence que représente la famille nucléaire. 

A l'inverse des autres familles, ce type de famille en dans une phase de recul. En effet, cette situation est plus rare que dans le passé. Une étude menée par l'INSEE en Réunion nous permet d'utiliser les chiffres suivant: en 1999, elle ne concernait plus que 11% des ménages réunionnais alors qu'en 1990, elle concernait 14% de ceux-ci.

Ce recul s'explique par plusieurs facteurs mais il y en a un qui prend le dessus: aujourd'hui, il est observé que chacun aspire à vivre séparé du reste de sa parenté.

Pourtant, la famille élargie demeure et garantie une qualité précieuse: la solidarité. Il y a en sa faveur un argument de poids qui entrave sa disparition. Cet argument renvoie à un facteur démographique: le vieillissement flagrant de la population, qui a pour conséquence l'augmentation de la part des personnes âgées. C'est par ce fait que plusieurs générations  peuvent cohabiter en même temps et sous le même toit.

120 000 réunionnais vivaient dans ce type de ménage en 2001, ce qui représentait 16% de la totalité de la population réunionnaise. Les diagrammes ci-dessous permettent de visualiser cette proportion.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ces familles se composent généralement d'un couple ou d'une personne inscrite dans une famille monoparentale et d'une personne isolée voir dépendante qu'il accueille. Ces personnes isolées peuvent être des "collatéraux" (frères, soeurs, oncles, tantes, cousins, cousines, neveux, nièces...) qui représentaient, en 2001, 15 000 réunionnais, ou des ascendants (grands-parents) qui représentaient environ 10 000 personnes de cette même population sachant que 75% d'entre eux sont des femmes âgées accueillies dans le ménage de l'un de leurs enfants. Cela survient fréquemment après le décès de leur conjoint (l'espérance de vie étant plus élevée pour les femmes que pour les hommes). Il est beaucoup plus singulier qu'un homme accueille l'un de ses parents dans son logement. Ce type de solidarité familiale vis-à-vis des personnes âgées est donc grandement assurée par les femmes.

Regroupant plusieurs générations, on pourrait penser que les familles élargies sont souvent des familles nombreuses mais en réalité ce n'est pas le cas. La moyenne du nombre de membres dans le foyer est de 4,1 personnes. 

  

 

  • Après avoir étudié les nouvelles formes familiales et la forme familiale qui lui est antérieure, il convient d’évoquer l’évolution de la famille traditionnelle : la famille nucléaire qui constitue la conception la plus simple de la famille.

Malgré l’apparition de ces nouvelles formes familiales, elle conserve très largement sa place de famille la plus représentée en France.

La principale modification que celle-ci ait connu concerne le nombre moyen d’enfants par foyer de ce type, qui a baissé - comme le démontre le tableau suivant (qui se rapporte à l'ensemble des familles françaises):  

Les facteurs explicatifs de ce phénomène sont d’ordre historique et sociologique. Le baby boom de l'après Seconde guerre mondiale (1942-1974) s'est très largement estompé même si on observe une petite remontée du taux de la natalité depuis quelques années. En 2010, ce taux était de 2,01 enfant par femme. L’amélioration de la condition des femmes y est aussi pour beaucoup : de nos jours, elles consacrent leurs "jeunes années" à leurs études et font donc des enfants plus tardivement: l'âge de la première grossesse est passé de 24 ans en 1970 à 28-29 ans depuis 2001. A cela s’ajoute le fait qu’elles privilégient parfois leur carrière professionnelle au détriment de leur vie privée.

L’évolution de cette structure familiale correspond à une poursuite de progression favorisée par une croissance démographique de la population française mais il faut considérer le fait que cette progression soit tout de même ralentie par l’essor que sont en train de connaître les nouvelles formes familiales.

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